Violence à l’encontre des femmes et infection à VIH

Publié le 09.03.2009 | par Patricia Fener

La Journée internationale de la femme avait pour thème cette année "Hommes et femmes unis contre la violence à l’égard des femmes". Cette campagne lancée il y a un an par le secrétaire général des Nations-unies, Ban Ki-moon, se poursuivra jusqu’en 2015, date butoir pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Résoudre ce problème de la violence à l’encontre des femmes est en effet primordial pour progresser dans la lutte contre la pauvreté, la faim, la maladie et tout particulièrement pour limiter la propagation de l’infection à VIH/sida. Il est en effet incontestable qu’il existe un lien fort entre la violence à l’égard des femmes et l’épidémie de VIH/sida.

Le rapport 2008 du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) montre que les jeunes femmes et les filles occupent une place de plus en plus prépondérante parmi l’ensemble des personnes touchées et infectées. En effet, près de la moitié des 40,3 millions de personnes vivant avec le VIH sont des femmes âgées de 15 à 49 ans. Les disparités entre les sexes dans la prévalence du VIH sont d’autant plus marquées chez les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans et celles-ci sont, de manière générale, 1,6 fois plus susceptibles de vivre avec le VIH et le sida que les jeunes hommes. A noter qu’en Afrique sub-saharienne, les jeunes femmes entre 15 et 24 ans ont au moins trois fois plus de risques d’être séropositives au VIH que les jeunes hommes.

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Amnistie internationale

La violence exercée par le partenaire sexuel est une cause de cette flambée d’infection à VIH chez les femmes. Cette violence peut être de plusieurs types : physique, psychologique ou sexuelle.

Une étude menée par l’OMS dans dix pays et portant sur la santé des femmes et la violence domestique, révèle des chiffres alarmants :
- De 15 à 71% des femmes interrogées disent avoir subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un mari ou d’un partenaire.
- Une proportion importante de femmes rapportent que leur première expérience sexuelle a eu lieu sous la contrainte. Ces femmes étaient originaires pour 24% de zones rurales du Pérou, pour 28% de Tanzanie, 30% de zones rurales du Bangladesh et 40% d’Afrique du Sud.
- Environ 5000 femmes sont assassinées chaque année par des membres de leur famille au nom de l’honneur familial.
- Les femmes et filles enrôlées dans la prostitution et le travail forcé sont nombreuses. Ce phénomène touche les plus vulnérables, c’est à dire celles qui ont le moins d’éducation et qui sont économiquement les plus dépendantes de leur partenaire sexuel.
- En ce qui concerne les mariages forcés et les mariages d’enfants, bien qu’ils soient une violation des droits des femmes et des filles, ils sont largement pratiqués dans de nombreux pays d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique subsaharienne.
- À l’échelon mondial, une femme sur cinq déclare avoir subi des violences sexuelles pendant l’enfance. Il ressort de nombreuses études que les enfants ayant vécu de telles expériences ont beaucoup plus de risques d’être confrontés à d’autres formes de violence au cours de leur vie d’adulte.

Un rapport de 2004 de l’OMS a étudié le recoupement existant entre la violence exercée autour de l’acte sexuel et l’infection à VIH. La violence au cours de la relation sexuelle est un facteur de transmission de l’infection à VIH.

Il existe en effet un risque de transmission directe du virus de l’immunodéficience humaine au niveau des plaies engendrées par un acte sexuel réalisé sous l’emprise de la force. Ce risque de contamination dépend de plusieurs facteurs :
- De l’âge de la victime.
Sur le plan de la transmission du VIH lors des rapports hétérosexuels, les femmes présentent une vulnérabilité plus importante que les hommes. La transmission d’un homme à une femme pendant les rapports sexuels est deux à quatre fois plus importante que la transmission d’une femme à un homme. En effet, la zone de muqueuse exposée au virus pendant les relations est plus grande chez les femmes et la fragilité des parois vaginales offre de multiples voies d’entrée au virus. Ceci est particulièrement vrai chez les jeunes filles, dont le col de l’utérus immature et la faible production de mucus vaginal ne procurent qu’une mince barrière contre les infections. En outre, la concentration du virus est plus importante dans le sperme que dans les sécrétions vaginales et le sperme peut rester plusieurs jours dans le tractus génital féminin. Les femmes sont plus vulnérables lors de certaines périodes de la vie génitale : les rapports pendant les règles, la grossesse, la période suivant l’accouchement, la ménopause.

- Du type de rapport.
Des rapports anaux violents, non protégés, peuvent entraîner des déchirures et des saignements facilitant l’entrée du virus. Or dans certaines cultures, ce type de rapport sexuel peut être préféré pour préserver la virginité et éviter la grossesse.

- De l’existence d’autres infections sexuellement transmissibles (IST).
Il existe une aggravation du risque de transmission du VIH en cas d’infections sexuellement transmissibles non traitées chez l’un ou l’autre des partenaires. L’existence d’une IST multiplierait par 10 le risque de transmission du VIH. Malheureusement, ces IST passent souvent inaperçues chez la femme ; en effet dans 50 à 80% des cas, les femmes qui ont contracté une IST l’ignorent de par l’absence de signes pathognomoniques. De plus, lorsqu’elles sont monogames, elles pensent être protégées.

La violence a un impact sur le risque de transmission indirecte du VIH  :
- Par une augmentation de la prise de risques sur le plan sexuel, en terme d’augmentation du nombre de partenaires, de relations sexuelles monnayées, de rapports sexuels par voie anale plus fréquents et d’une moindre utilisation du préservatif.
- Par une incapacité à négocier l’utilisation du préservatif auprès de partenaires violents.
- Lors d’une relation avec un homme plus âgé ; Jewkes et collaborateurs ont montré que la violence du partenaire semble être une constante des relations avec un homme plus âgé et que la différence d’âge entre les partenaires augmente pour les jeunes femmes le risque de contracter l’infection à VIH parce que la prévalence du virus est beaucoup plus élevée chez les hommes plus âgés. Il semble également que les hommes violents aient plus souvent de nombreuses relations extra-conjugales.

La violence représente également un frein au dépistage du VIH et à la divulgation de la séropositivité pour de nombreuses femmes.

L’OMS et ses partenaires travaillent ensemble pour faire progresser les droits des femmes et prévenir la violence à leur encontre. Des actions sur le terrain sont menées pour promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes qui est le volet 3 des objectifs du Millénaire pour le développement. L’égalité des sexes, qui est inscrite dans les droits de l’homme, est en effet la condition sine qua non pour atteindre ces objectifs. Elle est indispensable pour vaincre la faim, la pauvreté, la maladie et en particulier limiter la propagation de l’infection à VIH/sida. Il faut oeuvrer pour donner aux femmes la possibilité d’avoir un pouvoir d’intervention égal à celui des hommes dans les décisions à prendre, aussi bien dans la sphère privée et sexuelle que dans la vie publique.

Source :
- ONUSIDA

Pour en savoir plus :
- OMS : "La violence à l’encontre des femmes et l’infection à VIH/ sida ; Principaux points de recoupement"
- Objectifs du Millénaire pour le développement
- La Quatrième Vague : - la violence, le sexe, la culture et le VIH au 21e siècle

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